La semaine dernière je suis allé signer mon bail. J’ai donc officiellement un appartement depuis jeudi dernier. Je suis content car cela me permettra de me trouver des meubles et toutes les gugusses, trucs et bébelles dont j’aurai besoin car je peux rester où je suis jusqu’au premier avril.

Je suis donc allé faire le ménage la fin de semaine dernière. C’était très sale. Ce n’était pas qu’à cause du locataire précédent car on voyait qu’il n’y avait presque pas habité. C’est souvent comme ça. Les gars ont une blonde avec qui ils passent la majeure partie de leur temps et ont un appartement qu’au cas où. Le frigo qui avait été installé il y a un an avait encore le papier collant sur les tiroirs.

Parce que j’ai maintenant un bail, j’ai pu m’inscrire à un service de banque alimentaire pour obtenir de la nourriture « gratuite ». J’aurais peut-être pu auparavant en demandant une preuve de résidence (je n’ai pas de bail où je suis présentement) mais je n’aurais même pas eu de place pour mettre la nourriture qu’on m’aurait donné.

C’est une chose que j’ai remarqué chez beaucoup de détenus, cette manie d’accumuler, cette peur de manquer de quelque chose. Nous sommes quatre à partager un frigo ici. Un des gars ne mangent jamais ici alors il n’utilise pas d’espace du tout. Les deux autres gars ont chacun un petit frigo dans leur chambre. Un des deux a aussi un autre frigo de grandeur normale. Les deux gars partagent aussi un congélateur de 8 pieds cubes. Malgré tout cet espace qu’ils ont déjà, je n’ai presque pas d’espace à moi dans le frigo qu’on partage. Pour ce qui est du garde-manger, je n’ai rien. Je garde tout dans ma chambre. J’aurais pu me plaindre un peu mais je sais ce que c’est quand tu vis depuis des années à un endroit et qu’il y a des gars qui vont et viennent pour seulement une couple de mois. Je respecte ce qu’ils vivent et je ne prends pas de place.

Je vais donc chercher de la nourriture demain. Je n’ai aucune idée de ce qu’on me donnera. C’est une chose qui m’avait beaucoup touché lorsque je suis arrivé à Montréal (à ma sortie de prison), tous ces endroits qui donnent de l’aide aux plus démunis.

J’aime bien mon nouvel appartement. L’immeuble est sur la rue Notre-Dame mais mon appartement est à l’arrière. Je n’aurai donc plus la saleté de la rue et le bruit la nuit (les sirènes de toutes sortes etc.). Par contre je n’ai pas une très belle vue, que la ruelle. Ça ne me dérange pas du tout.  Ça fait sept ans que je donne l’adresse de mon frère car je ne sais jamais où je serai dans les prochains mois. Là j’ai un bail de un an.

Il faut aussi que je trouve un fournisseur Internet. Bell et Videotron sont trop chers. J’ai regardé pour Colba.net mais leur service ADSL+ ne se rend pas où je suis. Le seul que j’ai trouvé qui semble intéressant et qui me permet de payer avec autre chose qu’une carte de crédit est Bravo Telecom. Par contre je dois payer pour six mois d’un seul coup. Je n’ai pas de problème avec ça s’ils donnent un bon service (j’ai un peu d’argent de côté et les choses se passeront bien si je me trouve du travail cet été). J’ai besoin d’une bonne ligne car je donne du support avec Skype (quand j’ai de petits contrats) et je n’écoute la télévision qu’en ligne. Si vous avez des idées, écrivez-moi.

Le gars qui était là avant moi avait laissé quelques meubles au cas où j’en aurais besoin. Pas grand-chose d’intéressant. Il y avait un divan-lit que je ne suis pas sûr de garder car ça prend beaucoup de place. Je dois prévoir de l’espace pour mon bureau et comme je vis seul je n’ai pas besoin de causeuse. J’ai quand même pu y prendre une « pause » dans la journée quand je faisais le ménage. Il y avait des années que je ne m’étais pas « évaché » dans un sofa. J’ai même fait une sieste. Ça faisait vraiment drôle. Je venais de remettre un gros devoir la veille et c’est comme si tout à coup tout le stress que je vis depuis ma sortie de prison m’avait quitté. Comme si je ressentais comment devrait être ma vie « normale ». Il me semble que ça devrait être ça : c’est samedi, je suis fatigué, je fais une petite sieste. C’est tellement simple et je ne devrais pas me sentir coupable parce que je me détends quelques minutes.

J’étais « assis » et je regardais autour de moi. J’entendais le voisin d’en haut qui marchait, le bruit des gens qui entrent et qui sortent de l’immeuble. J’étais chez moi . J’attendais ce moment depuis si longtemps. Pour une fois je vivais un bonheur qui ne me donnait pas envie de pleurer, j’étais apaisé, calme, serein. Pour un instant ce n’était que le présent et la satisfaction de ce moment précieux.

 

P.S. La photo n’a rien à voir avec l’endroit où je m’en vais. Une fois que je serai installé je publierai quelques photos de mon « chez moi ».