En lisant certains de mes articles vous vous êtes peut-être demandé pourquoi je travaillais en prison si on ne me payait que 12 sous de l’heure. La raison est simple : nous sommes obligés. Si on ne veut pas travailler, on nous met dans le trou (SHU, Solitary Housing Unit, prononcé « chou »).

Comment peut-on obliger quelqu’un à travailler à 12 sous de l’heure? C’est à cause du 13e amendement à la constitution américaine qui a aboli l’esclavage en 1865: « Section 1. Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est en punition d’un crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n’existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction. » (le lien précédent mène à un article qui dit qu’il n’y a pas de prison fédérale privée alors qu’en fait il y en a pour les détenus non-américains).

On peut donc, aux États-Unis, obliger quelqu’un à travailler pendant qu’il est en prison. Rarement pour des tâches faciles ou plaisantes.

Il y a donc un grand nombre d’esclaves qui ont été libérés aux États-Unis mais cette exception permettait de mettre ces gens en prison pour les faire travailler comme « personnes convaincues d’un crime ». Plein de lois ont ainsi été créées qui faisaient en sorte que tous ces anciens esclaves devenaient automatiquement des criminels car ils étaient maintenant des vagabonds sans domicile fixe. L’état louait ces « prisonniers » à des fermiers pour qu’ils travaillent au même type de travail qu’ils occupaient auparavant dans de pires conditions.

Maintenant ça a changé :

Grâce au travail dans les prisons, les États-Unis sont de nouveau attrayants pour les investissements dans des travaux qui n’étaient conçus que pour le Tiers Monde. Une société qui opérait dans une maquiladora du Mexique a arrêté toutes ses activités pour les transférer vers la prison de l’État de Californie, à San Quentin. Au Texas, une usine a renvoyé ses 150 travailleurs et engagé les services d’ouvriers/prisonniers de la prison privée de Lockhart, Texas, où sont également assemblés des circuits imprimés pour des sociétés comme IBM et Compaq. Le représentant de l’État de l’Orégon, Kevin Mannix, a exhorté il y a peu la société Nike à rapatrier sa production d’Indonésie vers son État natal, en précisant aux fabricants de chaussures qu’ils « n’auraient pas de frais de transport ; nous vous offrons le travail compétitif de la prison (ici) ».

Même Conrad Black qui est pourtant très riche a dû travailler. Où j’étais ils faisaient travailler les gens malades, en fauteuils roulants et les aveugles.

Corrections Corporation of America et GEO (la prison où j’étais appartenait à Geo), les deux plus grandes entreprises du secteur pénitentiaire privé, ont cumulées à elle deux 2,9 milliards de bénéfices en 2001.

CAR-memeIl y a aussi toutes ces lois qu’ils passent pour mettre des immigrants illégaux en prison. Qui va s’en plaindre? Ces gens ne sont pas américains.

Cette situation fait qu’il y a des compagnies privées qui font du lobbying pour que la situation reste telle qu’elle est. On entend beaucoup parler aux États-Unis que le système de sentence minimale pour des petites quantités de drogues ne fonctionne pas (malgré ce que Harper peut en dire) et coûtent trop cher à l’état mais les politiciens ne changent pas le système car il y a des gens riches derrière. Et qui va prendre la défense d’une bande de criminels? C’est comme toutes ces lois sur l’immigration qui permettent d’enfermer les gens pendant des années seulement parce qu’ils sont venus aux États-Unis illégalement. C’est très payant car habituellement ce sont des gens qui ne coûtent pas cher à garder en prison parce qu’ils ne sont pas violents.

« Le recrutement privé de prisonniers pour travailler incite à emprisonner les gens. Les prisons dépendent des revenus ainsi engendrés. Les actionnaires des sociétés qui s’enrichissent grâce au travail des prisonniers intriguent pour la prolongation des peines, qui leur permettent de développer leur main d’oeuvre. Le système se nourrit lui-même », lit-on dans une étude du Parti ouvrier progressiste, qui accuse l’Industrie des prisons d’être « une copie de l’Allemagne nazie par rapport au travail obligatoire et aux camps de concentration »

Il y a présentement 760 personnes sur 100 000 en prison aux États-Unis contre 242 pour le Brésil, le deuxième sur la liste. 25% des détenus dans le monde sont aux États-Unis alors qu’ils ne représentent que 5% de la population.

En consultant certains sites on peut voir qu’au niveau fédéral il est possible d’obtenir des emplois plus payants lorsque c’est pour ce qu’on appelait « l’industrie ». Les gars y gagnaient beaucoup plus d’argent et pouvaient se mettre des milliers de dollars de côté avant leur sortie. De plus, les gens travaillant à cet endroit (habituellement construire des choses pour le gouvernement fédéral) reçoivent un crédit qu’ils appellent « Industrial good time ». J’ai entendu dire qu’ils enlevaient 10 jours de sentence par mois de travail. Comme tous les autres programmes, les non-américains n’y ont pas droit.

Ça peut être intéressant de travailler à 1$ de l’heure et d’obtenir des crédits de bon temps. Le problème est lorsqu’on oblige les gens à travailler et à ne pas choisir le travail qu’ils feront. Les débrouillards qui réussissent à « travailler » le système peuvent se trouver des emplois plus intéressants. Si tu ne te trouves rien, ils vont te trouver quelque chose. J’ai réussi à me trouver un poste de professeur assez rapidement. Après un an j’ai eu une augmentation à 17 sous de l’heure. Ma paie est passée d’environ 2$ par mois à presque 3$! Il y avait aussi des postes à 40 sous de l’heure (5% du total des postes).

Je dois donc dire que présentement je ne ferais pas trop la fine bouche sur le salaire qu’on m’offrirait. J’ai été habitué à vivre avec pas grand chose. Le bonheur ça ne vient pas des choses que je peux m’acheter.