La notion du temps en prison est différente de celle des gens de l’autre côté de la clôture. Pour l’expliquer je donnais cet exemple :

Disons qu’il y a quelqu’un dans votre vie qui vous énerve, vous le détestez au plus haut point. Juste sa présence vous rend fou/folle. Cette personne prend un malin plaisir à faire des choses juste parce qu’elle sait que ça vous horripile.

Un jour quelqu’un vous invite à aller passer une fin de semaine à un chalet avec des amis.

Vous arrivez là et vous vous apercevez que la personne que vous détestez y est aussi. Comble de malheur, le chalet est très petit et la température est affreuse. Vous devez donc passer la fin de semaine enfermé avec cette personne. Au moment d’aller vous coucher vous la voyez qui s’installe dans le lit juste à côté du vôtre.

Est-ce que vous resteriez toute la fin de semaine ou vous quitteriez?

En prison il y avait quelqu’un comme ça avec son lit à six pieds du mien. Si je faisais une sieste l’après-midi (on ne dormait pas très bien la nuit), il se mettait à hurler. En fait il criait la plupart du temps. Il n’y avait pas beaucoup de monde qui l’aimait.

Un jour j’ai appris qu’il ne restait qu’un an à sa sentence. C’était une des meilleures nouvelles que j’avais depuis longtemps.

C’est ça la notion du temps que j’avais, la personne avec qui vous ne passeriez pas une fin de semaine, j’étais content car il ne me restait qu’un an à devoir l’endurer.

C’est une des raisons pour laquelle je suis moins patient qu’avant. Je me suis bien promis qu’on ne ferait plus vivre des choses comme ça. Si je n’aime pas l’endroit où je suis ou les gens qui y sont, je quitte. C’est aussi pour ça que j’ai tant de difficulté avec l’université. Chaque minute que je suis assis dans la classe j’ai envie de me lever et crier :

« Mais qu’est-ce que je fais ici? J’ai une vie, moi! »