Lorsque je suis arrivé à la prison américaine fédérale, j’ai eu des difficultés à m’adapter. C’était une prison privée où il n’y avait que des non-américains. Ça doit être une genre de loi américaine, il ne peut pas y avoir de citoyens américains dans une prison fédérale privée. Probablement parce que le niveau de service n’est pas fameux. Il y avait donc des gens de toutes les cultures (environ de 80 pays différents).

Ces gens faisaient donc des choses que nous, les canadiens, trouvions difficiles (surtout au niveau du bruit). Et nous en faisions que eux trouvaient difficiles. À chaque fois qu’un « blanc » arrivait, les latinos venaient me voir car les gars se déshabillaient avant d’entrer dans la douche. C’était ma job d’aller les voir et leur dire qu’il fallait qu’ils se déshabillent derrière le rideau de douche. Normalement c’est aux gens venant d’un pays de s’occuper de ceux de leur propre pays. Si un colombien ne se lavait pas les mains après être allé aux toilettes, les gens allaient aviser un autre colombien pour qu’il lui passe le message (les gens en prison sont stricts sur la propreté). Comme il n’y avait pas beaucoup de « blancs », ils nous mettaient tous dans le même panier .

Comme je disais, j’avais de la difficulté avec certains comportements. Les gens criaient, faisaient du bruit en jouant aux dominos, chantaient, etc. Un jour j’ai reçu un catalogue pour acheter des livres. C’est un des avantages des prisons américaines, on peut facilement acheter des livres (compliqué au Canada) et s’abonner à des magazines (impossible au Canada). J’y ai vu un livre qui m’a fait rire qui ne coûtait que 5$ et j’ai décidé de l’acheter. Ça s’appelait « How to live with an idiot » (comment vivre avec un idiot).

D’après ce que j’ai cru comprendre, l’idiot n’est pas celui qu’on pense. Si j’ai un problème avec quelqu’un ou avec un type de comportement, c’est moi le problème et c’est moi l’idiot de penser qu’il faut que l’autre change. On ne peut pas changer les autres. J’ai donc commencé à réfléchir à tout ça. J’ai acheté d’autres livres.

Je me suis aperçu que certaines personnes faisaient des choses qui m’énervaient et je me mettais à les détester pour ça. Ça devenait un cercle vicieux car plus je les détestais, plus ils me tapaient sur les nerfs. Par exemple, il y avait un gars qui dormait près de mon lit qui jouait toujours aux dominos vers 16h00. La façon que ces gens jouent aux dominos dépassent mon entendement. Même s’ils mettent une couverture sur la table, ils frappent si fort sur la table qu’ils réussissent à casser les dominos. C’était toujours lorsqu’on attendait pour aller manger et que nous étions tous enfermés. C’était une situation déjà tendue et ces bruits n’aidaient pas. J’ai déjà eu à retenir Kevin qui était prêt à aller en frapper un.

Après avoir lu sur la psychologie cognitivo-comportementale, je me suis mis à analyser la situation pour trouver ce qui me dérangeait vraiment chez ces gens. J’ai cherché à reproduire les événements qui me les faisaient apprécier. Des discussions sur des hobbys ou des sports qu’ils aimaient etc. J’ai essayé d’éviter les situations qui me tapaient sur les nerfs. Par exemple je m’éloignais de la table de dominos avant le souper et je mettais mes écouteurs pour ne pas les entendre.

Avec le temps je me suis mis à les apprécier et les choses que j’aimais moins n’étaient plus que des choses énervantes qu’on trouve chez n’importe qui. C’est sûr que lorsque on vit empilés les uns sur les autres, il faut faire un effort de plus.

Pour ceux qui se demandent pourquoi j’ai choisi cette photo, c’est ce qu’on trouve en cherchant « idiots » dans Google .

Et vous qu’est-ce qui vous énerve chez les autres?